
Thierry Tuborg est le nom de plume de Thierry La Barthe, né à Paris le 23 mai 1961. Il est à la fois écrivain, ancien chanteur punk et éditeur indépendant. Il a passé son enfance et son adolescence à Bordeaux, puis a vécu à Montpellier pendant une vingtaine d’années avant de revenir s’installer dans le Bordelais.
Il est le petit-fils d’Henri La Barthe, dit Ashelbé, auteur de Pépé le Moko et fondateur du journal Détective. Dans un article universitaire consacré à Henri La Barthe, l’historien Dominique Kalifa remercie explicitement « Thierry Tuborg, petit-fils d’Ashelbé ».
Thierry Tuborg connaît une adolescence particulièrement turbulente : fugue, émancipation administrative et, à 16 ans, incarcération pendant deux mois en Allemagne alors qu’il ne parle pas cette langue. Il relate cette période dans Premières Gymnopédies, les années Stalag, réédité par Les Éditions Relatives en 2024. Cette période est fondatrice de son univers littéraire : rock, marginalité, débrouille, adolescence rebelle et sentiment de décalage social vont devenir des constantes de son œuvre.
Au retour de sa détention, le jeune Thierry Tuborg (qui à l’époque avait adopté le nom de scène de Thierry Heineken) fonde le groupe Stalag à Bordeaux (1978). Stalag est considéré comme l’un des tout premiers groupes punk bordelais. Le groupe existe jusqu’en 1982 et Thierry Tuborg en est le chanteur, l’auteur, et l’un des principaux artisans. Cette expérience constitue une véritable matrice de son œuvre. Des articles de Rock & Folk, Sud-Ouest, Rock Hardi et Abus Dangereux le présentent régulièrement comme « l’ancien chanteur de Stalag » devenu écrivain. Il reprendra d’ailleurs le micro beaucoup plus tard, à Montpellier, avec Stalingrad, groupe créé au début des années 2000. Le groupe sortira notamment l’album Loseland en 2007.
À la dissolution de Stalag, après de nombreux concerts et un 45-tours devenu aujourd’hui collector : Date Limite de Vente, Thierry Tuborg se tourne progressivement vers l’écriture. Il exerce parallèlement de nombreux métiers alimentaires : manœuvre, serveur, vendeur de glaces, enquêteur d’opinion, reprographe, opérateur de saisie, employé de bureau, standardiste, etc. Cette dimension très « écrivain fauché » deviendra elle-même une matière littéraire.
Ses premiers textes sont publiés dans une relative confidentialité. Mais il connaît assez tôt une première reconnaissance littéraire, notamment avec Un bleu baléare, qui obtient le deuxième prix des « Écrivains de demain » en 2000. En 2005 paraît L’Affaire Sotomayor au Serpent à Plumes racheté par les éditions du Rocher, dans la collection Serpent noir. C’est un véritable changement de dimension. Le roman raconte l’histoire de Manuel Sotomayor, producteur de cinéma célèbre, qui tue l’homme accusé d’avoir violé et assassiné sa fille. Le récit s’intéresse notamment au rôle des médias et à la fabrication de l’opinion publique. Le livre est déjà très représentatif de l’univers de Thierry Tuborg : fait divers + roman noir + critique sociale + médias + personnages ambigus.
À la suite de son expérience au Serpent à Plumes/Le Rocher, il crée sa propre structure éditoriale : Le Cercle Séborrhéique, qui deviendra par la suite Les Éditions Relatives. Il choisit progressivement de publier lui-même ses livres et de les distribuer directement. Il ne se contente pas de pratiquer l’autoédition : il en fait un élément de sa réflexion sur le monde littéraire. Son roman Les Écrivains en costard-cravate (2007) transpose précisément cette expérience dans une fiction satirique. Rock & Folk soulignait à l’époque son choix de publier lui-même et décrivait le livre comme une plongée humoristique dans le milieu éditorial.
Son œuvre est difficile à séparer de la musique. Le rock est omniprésent, soit comme décor, soit comme culture, soit comme manière de penser. Rock’n’roll Psychose, publié en 2010 en coédition Kicking Books / Le Cercle Séborrhéique, met ainsi en scène un producteur de rock assassiné et une chanteuse disparue. Il s’agit d’une immersion dans le monde du rock français du début des années 2000.
Il est lauréat du Prix du Livre de La Grande-Motte en 2012 avec Procès d’une fleur de nuit noire.
Une autre particularité importante de Thierry Tuborg est son Journal Perso, commencé en 1995. Il l’a longtemps publié sur Internet, avant d’en faire des recueils papier puis d’intégrer progressivement cette matière autobiographique à ses romans. Cela explique une caractéristique de son œuvre : la frontière entre autobiographie, autofiction et roman noir est volontairement poreuse. Le héros d’un roman peut lui ressembler fortement ; un événement de sa vie peut devenir une scène de fiction ; un personnage réel peut côtoyer un personnage inventé. Il n’est donc pas exclusivement un écrivain « rock ». Il s’inscrit assez nettement dans une tradition française du roman noir social, plutôt que dans celle du polar procédural. Une critique de Rock Hardi décrit par exemple Lucas D’Amour-Léger (2014) comme un polar dans la tradition d’Oppel, Jonquet et Siniac, avec intrigue, suspense et humour rock’n’roll. Il revendique par ailleurs dans un article de Midi Libre une conception du roman noir comme « une illustration de la société », privilégiant le point de vue des gens ordinaires plutôt que celui des institutions policières et judiciaires.
En 2024 paraît Le Roman de Cocogne, chef des Souris Vertes. Thierry Tuborg délaisse en partie le milieu du rock pour s’intéresser au grand banditisme. Le livre raconte, en la romançant, l’histoire de Laurent Cocogne, chef du gang des Souris Vertes, mort le 30 mars 2006 sur une route de l’Isère. Le livre a reçu des critiques plutôt favorables. K-Libre lui attribue 6/10, tandis que les Bibliothèques de la Haute-Vienne saluent notamment son écriture cinématographique, ses dialogues et son découpage en courts chapitres.
Par la suite il publie son livre le plus personnel : La Dynastie des perdants (2026). Le récit revient sur plusieurs générations de sa famille, avec au centre son grand-père Henri La Barthe / Ashelbé. Henri La Barthe est une figure assez extraordinaire de l’histoire du polar français : détective privé, journaliste, créateur du journal Détective, auteur de Pépé le Moko, collaborateur de Julien Duvivier pour le film de 1937, figure liée aux débuts de la littérature criminelle moderne en France. L’historien Dominique Kalifa lui a consacré un article universitaire important dans Criminocorpus. Le petit-fils d’un des pionniers du roman policier français est donc lui-même devenu auteur de romans noirs.